LES SACKLER UNE DYNASTIE LIEE

AU SCANDALE DES OPIOIDES

Ils sont plus riches que les Rockefeller, mais très discrets. Et pourtant les Sackler financent de nombreux musées dans le monde, dont le MET et le Louvre. Et pourtant depuis quelques jours, plusieurs institutions refusent les dons de cette famille de mécènes ...

Dans plusieurs régions des États-Unis, les Sackler sont dorénavant considérés comme des criminels alors qu' en Europe ils ont toujours été accueillis comme des princes. Mais le règne des Sackler semble toucher à sa fin. La richissime famille s'est vu refuser ses dons le 21 mars par la prestigieuse National Portrait Gallery de Londres suivie du Tate Modern et du Guggenheim de New York.

Le Prince Charles lundi 25 mars a annoncé que sa fondation pour l’éducation, The Prince’s Trust, n’accepterait plus ses dons. Plusieurs autres bénéficiaires pourraient suivre le mouvement, à l’instar du MET à New York, du Victoria and Albert Museum à Londres, aussi du Louvre à Paris .

Mais pourquoi ?

L’artiste Nan Goldin , à la tête de l’organisation P.A.I.N., est à l'origine de ce mouvement. Elle a demandé à « tous les musées, universités et institutions éducatives à travers le monde » de retirer leurs affichages en l’honneur de cette famille mais aussi de refuser publiquement « les futurs fonds qu’elle pourrait proposer. ». Pour convaincre la National Portrait Gallery de s’engager dans ce combat – et ainsi de refuser un nouveau don d’un million d’euros –, la photographe a menacé d’annuler sa grande exposition qui y sera programmée prochainement !! Selon elle cet argent ne peut plus être accepté, tout simplement parce qu’il est couvert de sang...

Car oui la famille Sackler a vécu le rêve américain. Sa saga, c'est le rêve américain incarné par trois frères nés à Brooklyn d'immigrés juifs arrivés à New York depuis l'Europe après la Première Guerre mondiale.

Les Sackler sont une famille d’immigrés juifs, qui s’installe à Brooklyn dans les années 20. Ils y ouvre une épicerie.. Leurs trois enfants, des garçons, – Arthur, Mortimer et Raymond –accèdent aux études à l’université de médecine et deviennent psychiatres, puis chercheurs pour une société spécialisée dans les laxatifs. En 1952, ils rachètent cette entreprise. Et voilà que Purdue Pharma devient un empire de l’industrie pharmaceutique. Les Sackler deviennent la seizième famille la plus riche d’Amérique selon Forbes.

Et les voilà grands mécènes courtisés. Leur influence est visible sur les frontons des universités américaines de Harvard, Cornell, Columbia, Yale, Tufts ou encore britannique d'Oxford. Une aile entière du Louvre à Paris et une autre au Metropolitan Museum of Art à New York portent leur nom.

Mais c’était sans compter avec la crise des opioïdes qui frappent de plein fouet les Etats-Unis. La dynastie est accusée d’être à l’origine de la crise des opioïdes qui fait des centaines de morts chaque jour aux États-Unis et dont Donald Trump a fait une urgence sanitaire nationale. C'est dire la gravité de la situation.

Ces puissants analgésiques, à base d'opiacés naturels ou de synthèse, sont devenus un fléau aux États-Unis, où ils font des milliers de victimes chaque année. Ces derniers tuent davantage que les armes à feu. Les personnes dépendantes meurent d’overdose ou basculent parfois vers des drogues plus dures, comme l’héroïne.

En 2017, 47.000 personnes sont mortes aux Etats-Unis d'une overdose liée à des opiacés (médicaments, héroïne et fentanyl) et, selon le Centre national des abus de drogue, 1,7 million de personnes souffraient d'addiction à des analgésiques comme l'OxyContin.

Le maire de New York, Bill de Blasio, entend poursuivre en justice les laboratoires qui ont commercialisé ces traitements dont le plus important est bien évidemment celui des frères Sackler. L’entreprise familiale aurait en effet gagné 35 milliards de dollars avec la commercialisation de l’OxyContin, l’antidouleur le plus consommé. L'entreprise a d'ailleurs écopé d'une amende de 634,5 millions de dollars infligée par les autorités fédérales...pour mensonges.

Car Purdue Pharma est surtout accusé d’avoir développé l’addiction aux opioïdes, en payant scientifiques, lobbyistes et commerciaux pour cacher les ravages de son médicament-phare. Et qu'on se le tienne pour dit Richard Sackler, fils de Raymond Sackler, essaie désormais de profiter de la crise engendrée par ses aïeux. Il vient en effet de faire breveter un médicament… anti-addictions. Quelle générosité !!!

Il est vrai qu'on se souvient de la tirade de Sackler fils. « Mon père nous a élevés, Jon et moi, en nous amenant à croire que la philanthropie est une part importante de la façon dont nous devons remplir nos vies », avait déclaré le discret Richard, lors de l'inauguration en 2010 d'une chaire Sackler à l'université de Yale. L'entreprise et la famille Sackler ont conclu mardi un accord à l'amiable avec l'Oklahoma (sud) en accepté de verser 270 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites.

Fin du rêve américain.

Kate White pour DayNewsWorld